Les enjeux de la formalisation des entreprises
L’entrepreneuriat informel, c’est-à-dire le travail indépendant informel et les nouveaux entrepreneurs informels, est une composante majeure de l’économie informelle dans son ensemble. Les activités non salariées informelles comme principale source de revenu sont très fréquentes à Madagascar et partout dans les pays à faible revenu alors qu’elles ne constituent généralement que des activités occasionnelles dans les pays riches. Le poids de l’entrepreneuriat informel dans le PIB est de l’ordre de 20% au maximum du PIB dans les pays riches et ceci est déjà inacceptable et fait l’objet de mesures strictes pour le réduire autant que possible. Dans les pays pauvres comme Madagascar, ce poids peut aller jusqu’à près de 80% du PIB du pays selon les différentes estimations. Les taux de création d’entreprises informelles sont plus élevés par rapport aux taux de créations d’entreprises formelles à Madagascar. Selon l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM) fait état de 144 nouvelles entreprises créées en février 2021, soit une hausse de 8,3% par rapport à la même période en 2020. Le secteur tertiaire reste néanmoins dominant, et la plupart des entreprises sont des petites et moyennes entreprises. Presque tous les groupes sociaux, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, sont plus enclins à prendre part à des activités non salariées informelles qu’à créer une entreprise formelle.
Le taux d’entrepreneuriat informel dépend des conditions macroéconomiques. L’économie informelle se développe en cas de ralentissement économique. Les facteurs institutionnels revêtent également une certaine importance. Les réformes difficilement mises en œuvre tardent à avoir leurs effets pour une formalisation des entreprises. Les taux d’imposition incompris et jugés a priori élevés, les réglementations commerciales contraignantes et le manque de dissuasion sont autant de facteurs responsables de l’avancée de l’économie informelle. Dans les pays développés, les stratégies de formalisation reposent sur trois piliers politiques : la dissuasion, l’incitation et la persuasion. Alors que les deux premières approches visent à modifier le ratio coûts-avantages des entrepreneurs qui souhaitent rester dans le secteur informel, la troisième fait appel « à leur cœur et à leur esprit » à travers la promotion d’une culture du respect des règles.
• Les mesures de dissuasion sont le plus souvent utilisées pour faire face à l’économie informelle dans son ensemble. Néanmoins, elles peuvent ne pas être adaptées pour identifier l’entrepreneuriat informel dans la mesure où les inspections du travail se concentrent sur les entreprises immatriculées et ont généralement lieu à la suite d’une plainte déposée par un travailleur à l’encontre de son employeur.
Par conséquent, les mesures incitatives joueront un rôle majeur dans la lutte contre l’entrepreneuriat informel. Elles peuvent cibler les entrepreneurs (mesures incitatives liées à l’offre) ou les consommateurs qui achètent des produits et services dans le secteur informel (mesures incitatives liées à la demande). En ce qui concerne l’offre, les mesures incitatives peuvent consister en des réductions d’impôts et des ponts sociaux qui facilitent l’incitation au retour à l’emploi des entrepreneurs informels. En termes de demande, les réductions d’impôts spécifiques à certains secteurs, les bons d’échange et les exemptions de TVA sont les mesures les plus utilisées. • Les mesures de persuasion peuvent être des compléments efficaces aux politiques traditionnelles du « bâton » et de la « carotte ». Elles peuvent notamment s’avérer utiles pour les groupes défavorisés sur le marché du travail (par exemple les minorités ethniques, les personnes peu instruites, les habitants de quartiers défavorisés) pour lesquels la participation à des activités d’entrepreneuriat informel résulte de différentes formes de privation (barrières culturelles et manque de compétences, par exemple) que les mesures fiscales et dissuasives ne peuvent régler seules.
Une promotion ainsi qu’une valorisation de l’entreprise formelle sont nécessaires dans les pays pauvres, comme Madagasikara, où le tissu économique existant ne peut pas absorber, les chômeurs ainsi que les jeunes actifs qui entrent sur le marché du travail. Nos réflexions sont basées sur les réalités sur place que nous vivons presque quotidiennement. À Madagascar, par exemple, on évite autant que possible de toucher aux consommateurs des services/produits venant d’entreprise informelle. Un ami mauricien par exemple affirme qu’à Maurice, il y a des amendes pour ceux qui achètent auprès des marchands de rue informelle. Cette mesure dissuasive à l’endroit des consommateurs est difficilement applicable à Madagascar sous prétexte de manque de moyen et de volonté politique. Les consommateurs sont des électeurs. Si les trois piliers ne sont pas mis en place, la réussite d’une formalisation reste hypothétique, tout comme les promesses électorales.
