Les périls qui guettent le leader : l’idéologie de la performance ainsi que les dérives psychologiques du pouvoir
Un travail essentiel du leader est de préserver, constituer, ensuite amplifier les sources d’identification des membres de l’organisation afin de garantir les bases d’une œuvre commune. En l’absence d’une source d’identification forte, l’essence même de l’entreprise passe progressivement au second plan. L’organisation remplit banalement des tâches mécaniques et se livre à la politique et au jeu des rapports de force. L’énergie des individus est détournée de la substance des problèmes au profit des processus de résolution de ces problèmes. Chacun tend alors à s’identifier à des « idéologies » (l’excellence, la participation, ou l’efficacité). Or, un collectif organisé centré uniquement sur l’une de ces idéologies est voué à engendrer la déception en vidant de leur énergie les membres du collectif.
L’excellence, la participation et l’efficacité trouvent rapidement leurs limites. Elles ne se suffisent pas à elles-mêmes. Les décisions ne sont plus prises en vue d’atteindre les objectifs de l’entreprise, mais en fonction des alliances passagères et des bénéfices à en attendre à court terme. Mais si le leader fait face à sa responsabilité, l’organisation n’est pas pour autant assurée d’agir selon la raison, car le leader peut éventuellement, lui aussi, faire passer l’intérêt de l’organisation après le sien. Les psychologues décrivent deux dérives classiques engendrées par la maîtrise du pouvoir détournée de ses fins.
D’une part, le leader peut s’engager dans la voie « perverse », en transformant les autres en purs objets de ses pulsions. Le leader se satisfait alors davantage de sa façon d’utiliser l’énergie des autres pour atteindre des objectifs qui peuvent être plus ou moins alignés sur l’intérêt même des parties prenantes, employés, actionnaires, et clients.
D’autre part, de manière plus insidieuse, le leader peut emprunter la voie « névrotique ». Se construisent ainsi des entités cimentées par des collusions entre les dirigeants et les dirigés. Le chemin vers le leadership n’est donc pas aisé. Toute organisation est confrontée au thème central du pouvoir. Le nier, c’est engager l’entreprise dans l’ornière du contrôle, de la bureaucratie et de la dépersonnalisation, où l’idée de performance ou de réalisation de soi tient lieu d’objectif collectif. S’y perdre, c’est risquer de se diriger vers les systèmes pervers ou névrotiques.
