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Madagascar, ce pays où l’Eglise se mêle toujours de la politique

Si l’on s’en tient à la Constitution malgache, l’Eglise ne devrait aucunement participer aux affaires politiques : « La laïcité de la République repose sur le principe de la séparation des affaires de l’Etat et des institutions religieuses et de leurs représentants. L’Etat et les institutions religieuses s’interdisent toute immixtion dans leurs domaines respectifs (Article 2) ». Mais dans la réalité, force est de constater que ce texte de la loi suprême est loin d’être appliqué.

La notion de laïcité n’est qu’illusoire, puisque nous assistons toujours à l’implication des Églises et leurs représentants dans la vie politique nationale. Il s’agit plus particulièrement du FFKM ou Conseil œcuménique des églises chrétiennes de Madagascar, regroupant les Eglises catholique, réformée, luthérienne et anglicane. Déjà, l’un des événements majeurs de l’histoire de la Grande Île qui symbolise l’entrée en politique des Églises était le Forum national de mars 1992 organisé par le FFKM, pendant la transition démocratique. C’est ce Forum qui a conduit à l’avènement de la Troisième République. Ignorant totalement la Constitution, cette structure religieuse continue de se mêler des affaires de l’Etat en évoquant un sujet politique dans son message à l’occasion de la Pentecôte. Elle accorde même deux paragraphes sur la proposition de loi sur l’Interruption thérapeutique de grossesse (ITG), la rejetant catégoriquement et appelant les autorités à ne pas l’examiner car elle pourrait, selon le FFKM, mener à la destruction des valeurs du pays.

Rappelons que l’ITG est un recours médical nécessaire à la sauvegarde de la vie de la mère, lorsque des médecins constatent effectivement des complications. Les femmes victimes de viol, d’inceste et celles dans l’incapacité mentale d’assumer leur rôle de mère sont aussi concernées. Par conséquent, les représentants du FFKM assument-t-il que leurs valeurs et leurs croyances sont plus importantes que la vie d’une femme ? Qu’importe la situation des femmes, qu’elles soient en danger, victimes ou vulnérables, le FFKM ne laisse pas cette affaire au Parlement, il fallait qu’il ait son mot à dire. Le vote ou le rejet d’une proposition de loi, conçue pour l’ensemble des Malgaches (croyants ou non), appartient au pouvoir législatif. Le développement passe aussi (surtout) par le respect des lois qui régissent le pays… et par le respect des droits et libertés de chacun.

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