Leadership : Un rôle variable
On exagère l’importance du leadership. Les gens, évidemment, recherchent des leaders, mais ils se fourvoient souvent en mêlant les leaders et le leadership. En d’autres termes, on a davantage besoin de ce qu’on appelle le « leadership réparti ». Cela signifie que le rôle du leadership est variable, qu’il est partagé entre plusieurs personnes dans un groupe selon leurs capacités et selon les conditions du moment. Mais le fait d’appeler cela « leadership » est inadéquat parce que son efficacité ne se trouve pas tant dans un individu en particulier que dans un processus collectif – essentiellement dans la communauté.
Chaque fois que nous utilisons le mot « leadership », cependant, nous devons garder à l’esprit que nous isolons un individu et traitons tous les autres individus comme des subordonnés. Est-ce le genre de monde que nous voulons : un monde rempli d’exécutants ? Cela permettra-t-il à nos institutions et à nos sociétés d’obtenir une meilleure place ? Notre obsession du leadership, de quelque nature qu’il soit, nous amène à construire des organisations qui dépendent totalement de l’initiative individuelle. Nous ne leur permettons pas de se comporter comme des communautés. Ainsi, lorsqu’elles connaissent l’échec, nous blâmons le leader, et en recherchons un meilleur. Comme des toxicomanes, nous avons besoin chaque fois d’une dose plus forte.
Considérons l’omniprésent organigramme, avec ses stupides cases « cadres supérieurs », « cadres intermédiaires » et « cadres subalternes » (comment peut-on parler de « cadres subalternes » ?). Ce n’est rien de plus qu’une métaphore déformée. L’objet représenté n’est sans doute pas la réalité, mais pour la plupart d’entre nous, l’organigramme est devenu l’organisation. N’est-il pas temps d’envisager nos organisations comme des communautés de coopération et, ce faisant, de situer le leadership à sa juste place : non pas le faire disparaître, mais le mettre à côté d’autres processus sociaux importants ?
